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Politique

Tshuapa : une province abandonnée entre absence du gouverneur et silence forcé des élus

La Rédaction

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Dans la province de la Tshuapa, le sentiment d’abandon gagne chaque jour un peu plus de terrain. Depuis près de six mois, la province vit dans un vide de pouvoir préoccupant. Son gouverneur, Armand Yambe Itoko est absent de son bureau à Boende chef-lieu de la province. Il est installé à Kinshasa où, selon plusieurs sources concordantes, il mènerait une vie confortable, loin des urgences et des défis auxquels font face les populations de cette province enclavée.

Pendant ce temps, à plus de 600 kilomètres de la capitale, l’administration provinciale tourne au ralenti.

À Boende, chef-lieu de la Tshuapa, les dossiers s’accumulent, les projets restent à l’arrêt et les attentes de la population demeurent sans réponse.

Les infrastructures stagnent, les services publics peinent à fonctionner et l’impression d’un navire sans capitaine devient chaque jour plus palpable.

Selon plusieurs témoignages recueillis, le gouverneur s’est installé depuis des mois dans un appartement du luxueux Pullman Kinshasa Grand Hotel, l’un des établissements les plus prestigieux de la capitale congolaise où il est accusé de faire défiler à longueur des journées plusieurs maîtresses pour des réjouissances. Une présence prolongée qui interroge et alimente l’indignation au sein de la classe politique locale comme de la société civile.

Des députés provinciaux paralysés

Face à cette situation, l’Assemblée provinciale de la Tshuapa semble impuissante. Plusieurs élus reconnaissent en privé leur frustration face à l’inaction qui paralyse l’institution. Une motion de défiance visant le gouverneur serait même en préparation depuis plusieurs semaines. Mais celle-ci peine à se concrétiser.

La raison, selon différentes sources politiques locales : l’influence déterminante du ministre Guy Loando Mboyo, considéré comme l’homme fort de la province.

Parent du gouverneur dont il est le neveu, Guy Loando est accusé de disposer d’un contrôle quasi total sur l’Assemblée provinciale.

Cette influence est renforcée par un fait souvent rappelé dans les coulisses politiques : c’est lui qui a financé, sur ses propres moyens, la construction du bâtiment qui abrite l’organe délibérant de la province.

Dans ces conditions, affirment certains observateurs, toute tentative de remise en cause du gouverneur se heurte à un mur politique.

Accusations de pressions et de corruption

Plus grave encore, des accusations récurrentes circulent dans les milieux politiques locaux. Plusieurs sources affirment que certains députés provinciaux seraient régulièrement « pris en charge » par le ministre afin d’empêcher toute initiative susceptible de fragiliser le gouverneur.

Des allégations difficiles à prouver publiquement mais qui alimentent un climat de suspicion généralisé. Pour beaucoup d’habitants de la Tshuapa, l’Assemblée provinciale serait aujourd’hui incapable de jouer pleinement son rôle de contrôle de l’exécutif.

Conséquence : la province se retrouve pratiquement paralysée, ses représentants politiques étant perçus comme prisonniers d’un rapport de force politique qui les dépasse.

Une médiation sans résultat

Dans ce contexte explosif, la visite récente à Boende du rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli, avait suscité un certain espoir. Sa présence dans la province a été interprétée comme une tentative de médiation ou, à tout le moins, une mission d’évaluation de la crise institutionnelle qui secoue la Tshuapa.

Mais selon plusieurs sources locales, cette démarche n’aurait pour l’instant débouché sur aucune décision concrète.

Les tensions politiques restent intactes et le statu quo semble se prolonger.
Une population laissée pour compte
Pendant que les calculs politiques se poursuivent, ce sont surtout les populations de la Tshuapa qui paient le prix de cette crise de gouvernance. Dans une province déjà confrontée à de nombreux défis — isolement géographique, manque d’infrastructures, pauvreté persistante — l’absence prolongée de leadership politique aggrave encore la situation.

À Boende comme dans les territoires de la province, la question revient avec insistance : combien de temps encore la Tshuapa devra-t-elle attendre avant que ses institutions reprennent réellement leur rôle et que ses dirigeants répondent enfin aux attentes de ceux qu’ils sont censés servir ?

Pour l’instant, la province semble suspendue à une équation politique dont la solution tarde à venir. Et chaque jour qui passe renforce un peu plus le sentiment que la Tshuapa, loin des salons feutrés de Kinshasa, a été tout simplement oubliée.

Le Dialogue

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