Politique
En interdisant l’accès aux journalistes, Aimé Boji confond-t-il l’Assemblée nationale au ministère du Budget ?

La décision du président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, d’interdire l’accès des journalistes aux séances plénières continue de provoquer une vive indignation au sein de la profession.
Une mesure sans précédent dans l’histoire de la chambre basse du Parlement congolais, qui soulève de nombreuses interrogations quant au respect de la liberté de la presse et du droit des citoyens à l’information.
Depuis plusieurs années, les journalistes accrédités auprès de l’Assemblée nationale assurent la couverture régulière des travaux parlementaires sans jamais être accusés d’avoir troublé l’ordre institutionnel ou perturbé le déroulement des plénières.
C’est donc avec surprise et incompréhension qu’ils ont découvert cette décision qui les écarte désormais des débats parlementaires.
Pour les professionnels des médias, cette mesure constitue non seulement une atteinte aux principes de transparence qui doivent guider le fonctionnement des institutions publiques, mais également une violation des textes en vigueur. Ils rappellent que la loi sur la presse garantit aux journalistes le libre accès aux différentes sources d’information, tandis que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale ne saurait être interprété au détriment de ce droit fondamental.
Une bataille déjà tranchée par la Cour constitutionnelle
L’actuelle controverse n’est pas la première tentative visant à restreindre l’accès des journalistes aux activités parlementaires.

Dès le début de la présente législature, des dispositions introduites dans le règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoyaient déjà l’interdiction de l’accès des journalistes aux plénières.
Face à cette situation, les membres de la Presse Parlementaire, structure regroupant les journalistes chargés de la couverture permanente des activités de l’Assemblée nationale, avaient saisi la Cour constitutionnelle.
Après examen, la Haute Cour avait écarté ces dispositions jugées contraires aux principes constitutionnels avant de déclarer le règlement intérieur conforme à la Constitution.
Aujourd’hui, les professionnels des médias estiment que la décision d’Aimé Boji Sangara constitue une tentative de réintroduire, par voie administrative, des mesures que la Cour constitutionnelle avait pourtant clairement rejetées.
Une gestion controversée de l’information parlementaire
Au-delà de l’interdiction elle-même, plusieurs observateurs dénoncent ce qu’ils considèrent comme une volonté de contrôler l’information produite autour de l’Assemblée nationale.

Comment expliquer, s’interrogent-ils, que la couverture des plénières d’une institution aussi importante soit désormais réservée à un cercle restreint de journalistes proches du président de l’Assemblée nationale, au détriment des professionnels de la Presse Parlementaire qui suivent les activités de cette institution depuis de nombreuses années et disposent d’une solide expertise des questions parlementaires ?
Pour certains journalistes, cette décision pourrait être liée à la couverture médiatique d’une récente plénière consacrée à l’examen de la proposition de loi sur le référendum.
Lors de cette séance, les députés de l’opposition avaient quitté l’hémicycle pour protester contre l’adoption du texte.
Les journalistes de la Presse Parlementaire avaient alors suivi ces élus afin de recueillir leurs réactions et expliquer à l’opinion publique les raisons de leur boycott.
Selon plusieurs sources, cet épisode aurait fortement déplu à certains responsables de l’institution et pourrait avoir contribué à la mise en place des restrictions actuellement observées.
Le prétexte du huis clos remis en question
Depuis plusieurs semaines, les journalistes sont systématiquement maintenus à l’écart des séances organisées dans la salle des Congrès du Palais du Peuple. Les autorités parlementaires invoquent régulièrement le caractère sensible des matières examinées pour justifier des huis clos successifs.
Un argument qui peine à convaincre les professionnels des médias.
Ces derniers rappellent que jamais les précédents présidents de l’Assemblée nationale n’avaient instauré de telles restrictions de manière répétée. Même lors de débats particulièrement sensibles, la presse continuait à avoir accès aux travaux parlementaires dans le respect des règles établies.

L’exemple de la plénière du mercredi 3 juin est particulièrement cité. Alors que l’opposition avait appelé à une journée « ville morte », les journalistes n’ont pas été autorisés à accéder à la salle afin de couvrir les travaux prévus ce jour-là, alimentant davantage les soupçons d’une volonté de verrouiller l’information.
Un signal préoccupant pour la démocratie
Dans une démocratie, le Parlement est l’une des institutions les plus importantes de la République.
Ses travaux concernent directement la population et doivent, à ce titre, être accessibles à l’opinion publique à travers les médias.
En fermant les portes des plénières aux journalistes, le président de l’Assemblée nationale envoie un signal préoccupant sur l’état de la transparence institutionnelle en République démocratique du Congo.
Une telle démarche risque d’affaiblir davantage la confiance entre les citoyens et leurs institutions représentatives.
Face à cette situation, les journalistes appellent les organisations professionnelles nationales et internationales de défense de la liberté de la presse à se saisir du dossier.
Ils estiment que le droit d’accès à l’information, pilier fondamental de toute société démocratique, est aujourd’hui sérieusement menacé au sein même de l’institution censée incarner la représentation du peuple.
Plus que jamais, la question mérite d’être posée :
pourquoi vouloir éloigner les journalistes des plénières de l’Assemblée nationale alors qu’ils ne font qu’exercer leur mission d’informer le public ?
Peter Massamba/CP