Politique
Tensions autour d’un projet d’exposition sur Mobutu : la famille se déchire

Une initiative censée honorer la mémoire du maréchal Mobutu Sese Seko vient de révéler de profondes fissures au sein de sa famille. Le projet d’exposition intitulé « Mobutu : une vie, un destin », porté par l’un de ses fils, Nzanga Mobutu François, suscite une vive controverse. Son frère, Mobutu Nzanga Zebai Joseph, s’oppose fermement à l’événement, dénonçant une démarche unilatérale, non concertée et entachée, selon lui, d’intérêts financiers douteux.
Une initiative contestée
Prévue pour les prochains mois à Kinshasa, cette exposition ambitieuse entend retracer le parcours politique, personnel et militaire du maréchal Mobutu, figure centrale de l’histoire congolaise post-coloniale. Affiches promotionnelles, vidéos d’archives, objets personnels et documents inédits devraient y être exposés.
Mais selon Mobutu Nzanga Zebai Joseph, cette entreprise a été lancée sans consultation ni aval de la famille biologique du défunt président. « Cette exposition ne reflète ni la volonté collective de la famille Mobutu, ni le respect dû à la mémoire de notre père », a-t-il déclaré dans un communiqué transmis à la presse ce samedi.

Des soupçons de motivations financières
Au-delà de la question éthique, la controverse prend une tournure plus grave. Mobutu Joseph accuse son frère François d’avoir initié des appels de fonds opaques, auprès de donateurs étrangers et d’institutions privées, sous couvert d’honorer l’héritage de Mobutu Sese Seko.
« Nous soupçonnons fortement que cette exposition soit instrumentalisée à des fins strictement personnelles. Des sollicitations financières ont été faites au nom de la famille sans notre consentement, ce qui porte atteinte à notre intégrité », ajoute-t-il, appelant à une enquête sur les circuits de financement du projet.
Un héritage lourd, une image en jeu
Dans une famille marquée par le poids de l’héritage historique de l’ancien chef de l’État, cette querelle publique risque de ternir davantage une image déjà complexe. Mobutu Sese Seko, qui a dirigé le Zaïre de 1965 à 1997, reste une figure controversée, à la fois admirée pour son autorité et critiquée pour sa gouvernance autoritaire.
Pour plusieurs analystes, cette discorde autour d’un projet mémoriel illustre les tensions persistantes autour de la gestion de l’héritage politique et symbolique de Mobutu. « L’exposition aurait pu être un moment de réconciliation avec l’histoire, mais elle risque de devenir un champ de bataille familial », estime un historien congolais interrogé par nos soins.
Appels à la médiation
Face à cette crise, des voix s’élèvent pour appeler à une médiation au sein de la famille Mobutu. Des proches du clan appellent à la suspension temporaire du projet, le temps de parvenir à un consensus et de garantir une transparence totale dans son organisation et son financement.

Nzanga Mobutu François, quant à lui, n’a pas encore officiellement répondu aux accusations de son frère. Son entourage affirme néanmoins que l’exposition vise à « réconcilier la jeunesse congolaise avec son histoire » et se dit prêt à un dialogue constructif avec le reste de la famille.
Et maintenant ?
À mesure que le débat prend de l’ampleur dans les médias et sur les réseaux sociaux, une question reste en suspens : cette exposition aura-t-elle lieu dans les conditions actuelles ? Ou faudra-t-il attendre une recomposition familiale et éthique autour du nom de Mobutu pour espérer un hommage digne, partagé et rassembleur ?
Le Dialogue