Politique
ONATRA : les cris d’alarme de Matadi face à la mégestion de Martin Lukusa

L’Office national des transports (ONATRA), fleuron public de la logistique congolaise, est à nouveau secoué par une crise sociale profonde, dénonciée publiquement par les travailleurs. Au cœur des reproches : Martin Lukusa, directeur général, est accusé d’une gestion catastrophique, facteur d’un mécontentement qui ne cesse de monter — jusqu’à des mots durs et un ultimatum sans équivoque.
Les délégués syndicaux de Matadi passent à l’offensive
Dans une correspondance datée du 8 octobre 2025, les délégués syndicaux du complexe ONATRA de Matadi adressent à Martin Lukusa un ultimatum de 72 heures. Leur lettre, adressée aussi aux plus hautes autorités, Président, Première ministre, ministres compétents, dresse un constat sévère : la mauvaise gestion serait devenue chronique, touchant à la fois les finances, les contrats, le social et la crédibilité de l’entreprise.
Ils exigent, sous peine de conséquences, plusieurs correctifs immédiats :
L’annulation des contrats signés avec MCTC et DP World, partie prenante selon les syndicats de clauses inacceptables ou de cessions non contrôlées.
La récupération des espaces loués sans motif valable, terrains, quais, infrastructures portuaires seraient cédés ou loués à des partenaires privés dans des conditions opaques.
Le paiement des arriérés de salaire accumulés depuis plusieurs mois — certains travailleurs évoquent des pénuries qui dépassent quatre ou cinq mois.
La régularisation des agents à la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale), un des droits sociaux élémentaires qui, selon les syndicats, resterait ignoré.
Les griefs : faits précis, conséquences lourdes
Les accusations portées contre la direction de Lukusa ne relèvent pas de la simple exagération syndicale : plusieurs faits largement documentés viennent étayer les reproches.
Arriérés de salaires & dettes envers le personnel
L’ONATRA croule sous un passif énorme : entre salaires impayés, indemnités de retraite non versées, agents non cotisés à la CNSS. Le coût de sortie de cette crise salariale est estimé à plusieurs millions de dollars par mois.
Contrats controversés avec des partenaires privés, sans transparence
Le partenariat avec MCTC (Matadi Corridors Terminaux à Conteneurs) et l’implication de DP World sont au cœur des difficultés : les syndicats dénoncent des contrats conclus sans consultation, parfois au détriment des intérêts des agents ou des finances de l’entreprise. Les syndicats réclament l’annulation pure et simple de certains contrats.
Occupation et cession d’espaces sans justification claire
Des quais, entrepôts, espaces commerciaux portuaires seraient loués ou cédés, dans des conditions jugées « sans motif valable » ou opaques. Les commerçantes de « Port Ngbaka » à Kinshasa se sont insurgées contre ce qu’elles considèrent comme une vente aux étrangers de leur lieu de commerce, sans respect pour les droits des populations locales.
Manque de consultation, non respect des procédures internes
Les syndicats soulignent que les décisions majeures — extension des quais, attribution de concessions, signature de contrats — sont souvent prises sans associer l’intersyndical ni tenir compte des appels à discussion préalable.
Dégradation du climat social et paralysie des activités
Conséquence inévitable : grèves générales, arrêt de travail, retards dans les opérations portuaires, tension permanente. Le port de Matadi, plaque tournante du commerce maritime congolais, est au bord de l’implosion sociale, avec des mesures de riposte possible si rien ne change.
Ce que la direction ose dire — et ce que la réalité montre
Martin Lukusa, dans ses communications publiques, défend ses choix : modernisation des infrastructures, signature de partenariats avec des experts privés, volonté de rentabiliser l’ONATRA, etc. Ces arguments sont nécessaires, mais perçus comme insuffisants, voire hypocrites, par les syndicats.
Le problème, selon les travailleurs, ce n’est pas seulement ce qui est fait, mais comment c’est fait. La transparence, le respect des engagements sociaux, et surtout l’équité semblent sacrifiés au profit des contrats rentables à court terme.
Un ultimatum qui sonne comme une mise en demeure
Devant ces accumulations, l’ultimatum des syndicats de Matadi apparaît comme une mise en demeure réelle : 72 heures pour répondre aux quatre exigences ou accepter les conséquences (non précisées). En l’absence de réaction satisfaisante, tout indique que le mouvement social pourrait connaître une escalade : blocage du port, grèves, impact sur les importations-exportations, affaiblissement du commerce extérieur du pays.
A Martin Lukusa de jouer
L’ONATRA est une entreprise stratégique, à la fois pour l’emploi, pour l’économie nationale, pour le désenclavement. Martin Lukusa est nommé pour diriger, mais il est également appelé à rendre compte. Les accusations sont sérieuses, les attentes nombreuses : paiement des arriérés, respect des droits sociaux, annulation ou révision des contrats contestés, consultation des travailleurs.
Si la direction ne parvient pas à restaurer la confiance, ce ne sera pas seulement une crise locale à Matadi : ce sera une crise nationale, qui montrera que la gouvernance publique, même dans les entreprises d’État, demeure vacillante quand elle n’est pas encadrée par la transparence, la responsabilité, l’écoute.
Le Dialogue