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Politique

Course au perchoir de l’Assemblée nationale : entre ambition et reflux pour Crispin Mbindule

La Rédaction

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L’annonce de la candidature de l’honorable Crispin Mbindule Mitono à la présidence de l’Assemblée nationale sonne d’abord comme une affirmation forte : celui qui a été l’un des principaux initiateurs de la pétition contre Vital Kamerhe — et qui l’a rendu vulnérable à sa propre succession — se voit désormais en « troisième » homme pour le perchoir.

Une candidature fondée sur la « rupture »

Mbindule, élu de Butembo (Ville, province du Nord-Kivu) et député national, a officiellement déposé son dossier de candidature le 24 octobre 2025 auprès du secrétariat de la plateforme majoritaire Union sacrée de la Nation (USN).
Lors de cette annonce, il a tenu à souligner que son initiative s’inscrivait dans la continuité de la lutte qu’il a menée contre Vital Kamerhe :

« Nous avons mené une lutte pour rétablir la crédibilité de notre institution. Kamerhe n’assumait plus pleinement ses responsabilités. »
Il se présente donc comme un candidat de l’intégrité et de la redevabilité, promettant de « servir, non pour régner », et de « rejeter toute forme de régionalisme ».

Mais la dynamique tourne en faveur de Aimé Boji Sangara

Contre toute attente pour Mbindule, c’est le député de Walungu, Aimé Boji Sangara, qui est officiellement désigné candidat unique de la majorité pour le perchoir de l’Assemblée. L’annonce est faite le 29 octobre 2025 par le secrétaire permanent de l’USN, André Mbata.
La logique est claire : « un consensus autour de l’autorité de référence de la plateforme », en l’occurrence le président de la République, Félix Tshisekedi.
Des soutiens massifs sont d’ores et déjà acquis à Boji : les députés du Sud-Kivu ont publiquement affiché leur appui unanime, appréciant « la confiance du chef de l’État ».

Un retournement défavorable pour Mbindule

Pour Mbindule, la donne se complique : il est désormais confronté à la posture de « candidat d’appoint » ou d’opposition interne, alors qu’il croyait porter la voix d’une partie de l’USN. Sa candidature — bien que légitime — apparaît mal calibrée dans le cadre d’une plateforme qui souhaite afficher un front uni. Or l’USN exige désormais que tous les candidats « acceptent le choix fait par la haute autorité ».

Le fait que Mbindule ait été à l’initiative d’une pétition ayant fait tomber Kamerhe ne joue plus en sa faveur, mais semble constituer un ballast politique : l’acte a alimenté une hostilité vis-à-vis du camp de Kamerhe, et aujourd’hui ceux-ci, à travers l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) qu’il a quitté, ou contre laquelle il avait œuvré, pourraient y voir une revanche. Le camp UNC-Kamerhe ne semble pas oublier comment Mbindule a contribué à fragiliser leur leader

Le rôle de l’UDPS et la tension interne

Autre élément à considérer : Mbindule est membre de la Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) — le parti du chef de l’État. Sauf que le parti, via ses instances nationales, invite ses propres cadres à se ranger derrière la candidature de Boji, choisie par l’USN. Bien que je n’aie pas trouvé de citation publique précise du SG adjoint de l’UDPS, Déo Bizibu, invitant Mbindule à se raviser, plusieurs médias soulignent que la famille politique du chef de l’État souhaite un candidat unique, et que Mbindule doit donc accepter le choix.
Cette tension interroge l’avenir de ses relations avec l’UDPS : restera-t-il en phase avec la discipline du parti ou deviendra-t-il un cadre en marge ? Le risque d’un isolement politique est réel.

Une revanche politique pour Kamerhe ?

Le schéma a une saveur de revanche politique pour Vital Kamerhe et l’UNC. Lorsque Mbindule, en tant qu’initiateur de la pétition, a fait tomber le président de l’Assemblée, il ne s’imaginait probablement pas que cela pourrait se retourner contre lui. Aujourd’hui, Kamerhe et ses alliés pourraient considérer la désignation de Boji — leur ancien cadre — comme un moyen de reprendre du terrain ou de rétablir leur influence contre ceux qui les ont secoués. Il y a un élément de justice politique ou de revanche implicite : le parasite devient l’hôte, l’ancien bousculeur voit son propre avenir entravé.

À quoi faut-il se préparer ?

Quel sera l’état de l’allégeance de Mbindule à l’UDPS ? Si le parti demande la discipline, saura-t-il s’y plier ou suivra-t-il sa propre route ?

Comment Mbindule jouera-t-il son rôle jusqu’à l’élection effective du président de l’Assemblée ? Va-t-il faire campagne, accepter un rôle secondaire ou se retirer ?

Si la candidature de Boji est consolidée, quelle place restera-t-il pour Mbindule dans le bureau de l’Assemblée ou dans les équilibres de pouvoir internes à l’USN ?

Et enfin comment se redéfiniront les rapports entre lui et l’UNC de Kamerhe : rival, ennemi, ou partenaire contrit ?

La candidature de Crispin Mbindule à la présidence de l’Assemblée nationale semblait, au départ, pleine de promesses : celle d’un député de terrain, chef de file des pétitionnaires, se projetant vers le perchoir. Mais le jeu politique lui a peut-être déjà joué un tour : face à lui, la machine majoritaire s’est organisée derrière Aimé Boji, qui a reçu le feu vert de la plateforme, des soutiens provinciaux et d’un consensus politique.
Mbindule se trouve donc à un carrefour : soit il accepte la logique de la majorité et s’aligne, soit il risque de se marginaliser dans une compétition dont il ne tient plus les rênes. Le temps dira s’il parvient à tourner l’angle ou s’il devient le perdant d’un affrontement auquel il avait pourtant donné le coup d’envoi.

Le Dialogue

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