Politique
Kinshasa dans le noir : le bilan calamiteux de la SNEL sous la direction de Zephyrin Kazadi

Depuis la nomination, dont la date n’a pas été officiellement confirmée dans les médias mais qui serait récente, de Zephyrin Kazadi à la tête du Département de Distribution de Kinshasa (DDK) de la Société Nationale d’Électricité (SNEL), la capitale congolaise traverse une crise énergétique d’une rare intensité. Le contraste entre les espérances suscitée par cette nomination et la réalité quotidienne des habitants est saisissant : Kinshasa n’a jamais été plongée dans un tel désarroi, et beaucoup s’interrogent sur la compétence et l’intégrité du directeur chargé de veiller à l’éclairage de la ville.
Un service électrique de plus en plus défaillant
Les habitants de Kinshasa multiplient les plaintes : coupures incessantes, rétablissements partiels, black-outs imprévisibles — la fourniture d’électricité est devenue une source de frustration permanente. Plusieurs communes connaissent des interruptions répétées, parfois pendant des heures, rendant difficile le fonctionnement normal des foyers, des commerces et des services essentiels.
Le communiqué officiel de la SNEL/DDK indique que certaines perturbations actuelles seraient liées à la panne d’un transformateur haute tension (220/30 kV – 75 MVA) à la sous-station de Liminga, provoquant des ruptures de courant dans des quartiers comme Lemba, Matete, Limete ou encore Kinshasa-Nord. Paradoxalement, cette « indisponibilité » d’équipements cruciaux survient dans un contexte où les infrastructures électriques sont largement décriées comme vétustes et insuffisamment entretenues.
Infrastructures délabrées : un réseau à bout de souffle
Plusieurs diagnostics indépendants confirment que le réseau de distribution de la SNEL à Kinshasa date de plusieurs décennies : certaines parties remontent aux années 1960, et n’ont jamais bénéficié d’une maintenance à la hauteur des enjeux. Ces infrastructures fragiles sont particulièrement vulnérables aux intempéries : des inondations, comme celles enregistrées récemment dans la sous-station Golf à Gombe, ont forcé des coupures préventives par mesure de sécurité.
Dans le même temps, les études montrent qu’une partie conséquente du réseau souffre d’un manque de résilience : des équipements surchargés, des transformateurs obsolètes, des lignes non conformes, des pertes techniques ou frauduleuses et une facturation très partielle. Le déficit de modernisation ne date pas de l’arrivée de Kazadi, mais son leadership n’a pas porté de transformation visible à ce jour.
Coupures « préventives », manque de transparence et communication défaillante
La SNEL justifie parfois certaines pannes comme des mesures “préventives et sécuritaires” en cas d’inondations ou d’intempéries, mais pour beaucoup d’habitants, ces annonces sont perçues comme des prétextes. Lors des pluies diluviennes de juin 2025, plusieurs quartiers de Gombe, Lingwala et Kinshasa Nord ont subi des coupures prolongées en raison d’une inondation à la sous-station Golf.
D’autres communes, comme Kasa-Vubu ou Kisenso, font l’objet de communications officielles via la DDK annonçant des pannes de câble ou des avaries sur des départs 20 kV. Mais si la SNEL promet « mobiliser ses équipes » et présenter des excuses, la constance et la répétition de ces incidents alimentent l’impression d’un problème structurel plus profond : une gouvernance défaillante du réseau de distribution.
Des promesses non tenues et un favoritisme dénoncé
Pour la population kinoise, l’arrivée de Kazadi devait marquer un tournant : espérance d’un meilleur fonctionnement, de réformes de fond, de rénovation des infrastructures. Or, beaucoup estiment que rien de concret n’a changé. Certains accusent même la DDK de favoritisme : des quartiers aisés ou stratégiques seraient mieux servis, tandis que d’autres, moins visibles, restent régulièrement délaissés. Bien qu’il soit difficile d’obtenir des preuves publiques solides de favoritisme systémique, le sentiment de discrimination est largement répandu parmi les citoyens.
Les clients les plus modestes se plaignent d’être ceux qui paient le prix fort : facturation incertaine, mauvaise gestion des pannes, interventions lentes — pendant que d’autres quartiers bénéficieraient de remises à niveau plus fréquentes. Ce sentiment mine la confiance dans la SNEL et renforce l’idée que la distribution n’est pas assurée de manière équitable.
Crise énergétique structurelle : au-delà de la simple gestion
Il faut toutefois souligner que les difficultés de la SNEL à Kinshasa ne se limitent pas à la seule direction de la DDK, et ne sont pas entièrement imputables à Zephyrin Kazadi. Le défi est en partie structurel :
Capacité de production insuffisante : Kinshasa reçoit un quota d’électricité imposé, entre 550 et 630 MW selon la SNEL, alors que les besoins de la ville explosent du fait de sa croissance démographique.
Perte d’énergie massive : technique et non technique, en raison d’un réseau ancien, de connexions informelles, d’une faible facturation et de défauts de recouvrement.
Gouvernance affaiblie : manque d’investissements réguliers, faible résilience des infrastructures face aux aléas climatiques, maintenance insuffisante.
Le rôle controversé de Zephyrin Kazadi : un leadership en question
Ce manque de progrès, au regard de l’urgence ressentie par la population, jette une ombre sur le leadership de Kazadi. Ses promesses initiales, s’il y en a eu, n’ont pas généré d’améliorations substantielles. Au contraire, la situation semble empirer : les pannes sont de plus en plus fréquentes, les messages officiels peinent à rassurer, et la population continue d’accuser la SNEL d’un traitement inégal.
Certains réclament des audits de gestion, des enquêtes sur l’utilisation des fonds alloués à la distribution, et surtout, une feuille de route claire pour la modernisation du réseau. Ils estiment que sans une vraie réforme, l’arrivée d’un nouveau directeur ne suffit pas : il faut une transformation profonde, de la gouvernance à la technique.
un échec politique et technique
Le bilan sous Zephyrin Kazadi à la tête du DDK est, à ce stade, largement négatif aux yeux des habitants de Kinshasa. Plus qu’une simple panne ici ou là, c’est une crise globale de confiance qui s’installe. Les coupures incessantes, la vétusté des infrastructures, le manque de transparence et les accusations de favoritisme traduisent un malaise profond.
Kinshasa mérite mieux : un service d’électricité fiable, équitable et moderne, à la hauteur des défis d’une métropole en pleine expansion. Si Kazadi ne réussit pas à impulser ce changement, il risque de laisser derrière lui non seulement des pannes, mais une fracture sociale accrue, où le droit à l’électricité devient un privilège plutôt qu’un droit.
Le Dialogue