Politique
Jean Pierre Pasi Zapamba veut en finir avec le clientélisme et la politisation des entreprises publiques

À l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, une initiative législative attire particulièrement l’attention par son ambition de rupture.
Portée par le député national Jean Pierre Pasi Zapamba Buka, également coordinateur du Réseau des parlementaires africains contre la corruption (APNAC), la proposition de loi modifiant et complétant la loi n°08/010 du 7 juillet 2008 entend s’attaquer à un mal profondément enraciné : le clientélisme et la politisation des entreprises du portefeuille de l’État.
Adopté en recevabilité lors de la plénière du 27 mars 2026, ce texte marque une nouvelle étape dans le combat de longue date mené par son auteur contre les pratiques de gouvernance qu’il juge incompatibles avec le développement économique du pays.
Pour Jean Pierre Pasi Zapamba, les entreprises publiques ne doivent plus être considérées comme des « parts de gâteau » à distribuer entre forces politiques, mais comme un patrimoine collectif devant être géré avec rigueur, compétence et transparence.
Rompre avec une gestion jugée « calamiteuse »
Dans l’exposé des motifs, le député dresse un constat sévère : les réformes passées n’ont pas permis de redresser la situation des entreprises du portefeuille de l’État. Jadis piliers de l’économie nationale — contribuant à plus de 50 % du budget de l’État — ces entreprises sont aujourd’hui perçues comme inefficaces et lourdement déficitaires.
Selon lui, cette dégradation résulte en grande partie d’une gestion politisée, marquée par des nominations fondées sur des affinités politiques plutôt que sur les compétences. Une situation également décriée par des rapports internationaux, qui pointent une gouvernance « hasardeuse, calamiteuse et approximative ».
Professionnaliser pour redresser
Face à ce constat, la réforme proposée introduit plusieurs innovations majeures. Parmi celles-ci, la redéfinition des critères de désignation des mandataires publics occupe une place centrale.
Désormais, leur sélection devrait reposer sur des mécanismes transparents tels que le recrutement par appel à candidatures ou concours.
L’objectif est clair : professionnaliser la gestion des entreprises publiques en confiant leur direction à des profils qualifiés et expérimentés. Une orientation en cohérence avec les engagements de la RDC dans le cadre de l’OHADA, qui impose des standards modernes de gouvernance et de compétitivité.
Renforcer la redevabilité et le contrôle
Autre axe fort de la proposition de loi : le renforcement des mécanismes de contrôle et de redevabilité. Le texte prévoit notamment l’obligation pour les mandataires publics de déclarer leur patrimoine, sous le contrôle strict de la Cour des comptes.
En parallèle, l’introduction de contrats de performance vise à instaurer une culture de résultats au sein des entreprises publiques. Les dirigeants seront ainsi évalués sur des objectifs précis, avec des mécanismes de rémunération mieux encadrés et liés à leur performance.
Dépolitiser pour mieux servir l’intérêt général
Au cœur de cette réforme se trouve une conviction : les entreprises du portefeuille de l’État doivent être soustraites aux influences politiques pour redevenir des leviers de croissance économique.
Pour Jean Pierre Pasi Zapamba, cette dépolitisation est une condition indispensable pour restaurer la confiance, attirer les investissements et permettre à l’État de bénéficier pleinement des dividendes de ses entreprises.

« Ce patrimoine appartient au peuple congolais », insiste-t-il, rappelant que sa gestion doit obéir au droit commun et non aux logiques partisanes.
Une réforme attendue
Alors que la proposition de loi est désormais entre les mains des commissions parlementaires pour examen approfondi, elle suscite déjà des attentes importantes au sein de l’opinion publique et des milieux économiques.
Si elle aboutit, cette réforme pourrait marquer un tournant décisif dans la gouvernance des entreprises publiques en RDC, en instaurant une culture de mérite, de transparence et de performance — à rebours des pratiques clientélistes que son initiateur entend définitivement reléguer au passé.
Freddy Longangu