Politique
Libéralisation du marché des assurances en RDC : l’excuse facile d’un DG dépassé par les enjeux

Depuis quelques années, la République Démocratique du Congo a pris le virage tant attendu de la libéralisation du secteur des assurances, rompant avec un monopole anachronique au profit d’un environnement concurrentiel. Une décision saluée par les observateurs et les acteurs économiques, censée stimuler l’innovation, améliorer la qualité des services et élargir la couverture du marché. Mais cette réforme, perçue comme une opportunité par les entreprises dynamiques, est malheureusement devenue le bouc émissaire préféré du Directeur Général de la Société Nationale d’Assurances (SONAS), Clément Désiré Kabongo.
La libéralisation, un prétexte qui masque l’échec managérial
Plutôt que de s’adapter à la nouvelle réalité du marché, M. Kabongo préfère brandir la libéralisation comme un épouvantail, accusant les compagnies privées d’avoir siphonné les parts de marché au détriment de la SONAS. Cet argument, s’il n’était pas aussi révélateur d’un manque de vision, prêterait à sourire. Car il ne s’agit pas de savoir si le marché est ouvert ou non, mais plutôt de savoir si l’entreprise publique est capable de se moderniser, d’innover et de se montrer compétitive. Ce que manifestement la SONAS, sous sa direction, est loin de démontrer.
L’exemple d’ailleurs : quand les entreprises publiques brillent malgré la concurrence
En Afrique, des exemples concrets démontrent que la libéralisation du marché des assurances n’est pas synonyme de déclin pour les entreprises publiques. Au Maroc, la Mutuelle Agricole Marocaine d’Assurances (MAMDA), pourtant en concurrence avec de grands groupes privés, continue de jouer un rôle central dans le secteur, avec une croissance régulière des primes encaissées.
En Côte d’Ivoire, La Nouvelle Société Interafricaine d’Assurances (NSIA), bien qu’issue du privé à l’origine, est aujourd’hui un modèle de performance où l’État détient une participation. Le marché y est pourtant ouvert à une trentaine d’acteurs.
En Europe, des pays comme la France avec la MAIF ou la MGEN, qui fonctionnent sur des logiques mutualistes, montrent qu’on peut être performant et public dans un marché totalement libéralisé. Les recettes de ces compagnies n’ont jamais été aussi élevées, parce qu’elles ont su faire preuve d’agilité, de proximité et de rigueur.
Un dirigeant à court de solutions, mais pas d’excuses
Ce qu’il faut dire clairement, c’est que la SONAS paie aujourd’hui le prix d’un management figé dans une logique étatique bureaucratique, incapable de se réinventer. La gouvernance actuelle est marquée par une absence de stratégie commerciale claire, une politique de digitalisation quasi inexistante, des services client défaillants, et une réputation ternie par les lenteurs administratives. Faut-il vraiment s’étonner que les assurés se tournent vers des acteurs plus réactifs et professionnels ?
M. Kabongo semble oublier qu’un dirigeant digne de ce nom n’attend pas que l’environnement économique s’adapte à lui : c’est à lui de s’adapter à l’environnement. À quoi bon diriger une entreprise d’assurance si l’on est incapable de concevoir un plan de modernisation ? À quoi bon parler de patriotisme économique si l’on laisse mourir à petit feu une société nationale faute d’audace et de compétence ?
Le courage de la démission ou le courage du changement ?
Si Clément Désiré Kabongo estime sincèrement que la libéralisation du marché empêche la SONAS de remplir sa mission, il n’a qu’une seule décision courageuse à prendre : présenter sa démission et céder la place à un dirigeant capable de relever les défis de la concurrence. La SONAS n’a pas besoin d’un gestionnaire de routine, mais d’un leader stratégique, capable de transformer l’héritage public en avantage compétitif.
La réforme du secteur des assurances en RDC est irréversible. Ceux qui n’en comprennent pas la dynamique sont voués à disparaître ou à être remplacés. La SONAS peut encore jouer un rôle de premier plan, mais pas avec des dirigeants qui refusent d’entrer dans le XXIe siècle.
Le Dialogue