Politique
Coup de théâtre au FFN : le Dg suspendu et «réhabilité», déchu le jour même de la remise et reprise par une ordonnance présidentielle nommant un autre directeur général

Ce vendredi 31 octobre 2025 restera sans doute comme une journée mémorable au sein du Fonds Forestier National (FFN). À midi, dans une atmosphère feutrée mais pleine de tension, l’ancien directeur général suspendu, Honoré Mulumba Kalala, a présidé ce qui devait être une cérémonie de remise et reprise. Le motif : la publication d’un faux arrêté ministériel proclamant sa réhabilitation à la tête de l’institution. Tout semblait orchestré ; les cadres réunis, les discours préparés, la pompe administrative en place.
Mais ce qui devait être un retour triomphal s’est mué en fiasco en l’espace de quelques heures, quand, en soirée, une ordonnance présidentielle lue à la radio nationale (Radio‑Télévision Nationale Congolaise, RTNC) a annoncé la nomination d’un nouveau directeur général au FFN, reléguant Mulumba Kalala au rang d’ex-directeur.

Le décor et les acteurs
Le FFN, sous tutelle du ministère de l’Environnement et du Développement durable, joue un rôle stratégique dans la gestion forestière de la RDC : reboisement, aménagement forestier, conservation du capital naturel.
Honoré Mulumba Kalala avait été suspendu après des rapports accablants sur sa gestion : budgets non validés, antenne provinciale ouverte sans autorisation, etc. Devant cette réalité, il ne manque pas d’observateurs pour qualifier sa tentative de retour comme « une manœuvre ».
La remise et reprise de midi
À l’heure fixée, les services administratifs du FFN se sont mis en branle. Des invitations circulaient, des élus, des partenaires extérieurs étaient conviés. Le faux arrêté ministériel — circulant sous forme papier ou numérique — affirmait que Mulumba Kalala était réhabilité à son poste de directeur général.
Ce retour devait être marqué par une cérémonie officielle de passation avec son successeur intérimaire. Certains agents étaient visiblement partagés entre la surprise, l’incrédulité et l’espoir d’un redémarrage.
Dans les discours, l’ancien D.G. n’a pas manqué de se présenter en « victime rétablie », évoquant courageusement son « combat pour la bonne gouvernance » et promettant d’enclencher un « nouvel élan » pour le FFN.
Le coup de théâtre de la soirée
Mais alors que la fête semblait prête à démarrer, la dynamique a été brutalement arrêtée. En début de soirée, la RTNC a diffusé en direct une ordonnance présidentielle — via communiqué officiel — nommant un nouveau directeur général pour le FFN. Le nom de Mulumba ne figurait pas dans cette nomination, signifiant qu’il n’était plus à la tête de l’institution, malgré la cérémonie de l’après-midi.
La simultanéité des deux événements — une cérémonie interne avec un faux document et une nomination présidentielle externe — crée un imbroglio institutionnel. Que s’est-il réellement passé ? Qui est à l’origine du faux arrêté ? Pourquoi la présidence a-t-elle décidé d’une nomination si tard dans la journée ? Et surtout, quelle sera la crédibilité de cette nouvelle direction ?
Conséquences et enjeux
La crédibilité de l’institution FFN est en jeu. Lorsque le directeur général d’un établissement chargé de la gestion durable des forêts et de la mobilisation de financements est au cœur d’un tel feuilleton, c’est l’image de l’État lui-même qui est questionnée.
Les partenaires étrangers et financiers, déjà sensibles aux questions de transparence et de gouvernance, risquent de se montrer très attentifs à la suite des événements. L’ancien D.G., malgré ses promesses, demeure sous le coup de rapports décrivant une gestion « calamiteuse » avec des sommes détournées, selon une ordonnance du Conseil d’État (RDC).
Pour la nouvelle direction, la tâche est immense : restaurer la confiance, clarifier la situation juridique, faire le ménage si nécessaire, et redonner au FFN une dynamique positive.
À retenir
Une cérémonie de remise et reprise à midi consacrant la réhabilitation de Mulumba Kalala sur la base d’un arrêté ministériel non validé.
En soirée, une ordonnance présidentielle nommant un autre directeur général, créant un conflit de légitimité.
Une institution stratégique (FFN) dont le fonctionnement est perturbé par des jeux de pouvoir et des pratiques douteuses.
Le signal clair que la gouvernance des ressources forestières en RDC reste un terrain sensible.
Ce coup de théâtre mérite d’être suivi de près : l’issue de cette affaire pourrait avoir des ramifications importantes en matière de gouvernance publique, de transparence et de gestion des ressources naturelles en RDC.
Le Dialogue