Politique
SCPT : la Direction générale dénonce une grève « illégale et prématurée » et appelle au retour du dialogue social

La crise sociale qui secoue actuellement la Société Congolaise des Postes et Télécommunications (SCPT SA) prend une nouvelle tournure. La Direction générale de l’entreprise publique a fermement condamné le mouvement de grève déclenché le 22 juin 2026 par l’Intersyndicale, qu’elle qualifie d’« illégal, prématuré et inopportun ».
S’exprimant au nom de la Direction générale, Monsieur Maurice Mufusi Ntete Lubaka, Directeur de cabinet de Madame le Directeur général de la SCPT, a dénoncé ce qu’il considère comme une rupture unilatérale du dialogue social par les représentants syndicaux, alors que plusieurs mécanismes de concertation restaient encore disponibles pour examiner les revendications des travailleurs.
Un conflit encadré par un protocole d’accord
Selon Maurice Mufusi Ntete Lubaka, les origines du différend remontent à juillet 2025, lorsque les organisations syndicales avaient officiellement déclaré un conflit collectif du travail.
À la suite de cette démarche, l’Inspection Générale du Travail (IGT) avait conduit un long processus de médiation entre les deux parties.
Ces discussions avaient abouti, le 13 février 2026, à la signature d’un protocole d’accord sous les auspices de l’Inspection Générale du Travail et en présence du ministre des Postes, Télécommunications et Numérique. Ce document définissait clairement les engagements respectifs des parties ainsi que les mécanismes de règlement des différends.
« Nous avons signé un protocole d’accord qui prévoyait d’abord un traitement à l’amiable des différends avant toute saisine de l’Inspection Générale du Travail et, en dernier recours seulement, l’exercice du droit de grève. Ces procédures n’ont malheureusement pas été respectées par nos partenaires sociaux », a déclaré le Directeur de cabinet.
La Direction revendique le respect de ses engagements
La Direction générale affirme avoir honoré les engagements pris dans le cadre du protocole signé en février dernier, malgré les difficultés financières persistantes auxquelles l’entreprise est confrontée.
Parmi ces engagements figure notamment la poursuite du paiement régulier des salaires dans un délai maximal de quarante-cinq jours.

D’après les responsables de la SCPT, trois mois de salaires ont effectivement été versés depuis la signature de l’accord, conformément à l’échéancier validé conjointement avec les syndicats.
L’entreprise souligne également avoir maintenu les réunions paritaires prévues par les textes réglementaires ainsi qu’un dialogue permanent avec les représentants du personnel.
Des invitations avaient notamment été adressées aux organisations syndicales pour participer à la session économique semestrielle des 18 et 19 juin 2026, destinée à examiner les préoccupations relatives aux rémunérations, aux soins médicaux, aux retenues salariales et à d’autres questions sociales.
Pour la Direction générale, le dépôt du préavis de grève à quelques jours seulement de cette rencontre constitue un blocage délibéré du cadre institutionnel de négociation.
Une entreprise confrontée à une crise structurelle
La Direction rappelle que les difficultés sociales actuelles trouvent leur origine dans une situation financière particulièrement complexe héritée de plusieurs années de gestion difficile.
La SCPT fait notamment face à une diminution significative de ses revenus à la suite de la perte de plusieurs grands clients commerciaux, à la vétusté de ses infrastructures de télécommunications qui engendre des coûts élevés de maintenance, ainsi qu’à un important passif social, fiscal et commercial accumulé au fil des exercices précédents.
À cela s’ajoute la baisse des recettes postales internationales, consécutive aux nouvelles contraintes réglementaires affectant le trafic postal vers les États-Unis.
« Tout le monde connaît les problèmes de la SCPT, y compris les plus hautes autorités du pays. Malgré cette situation, nous poursuivons les efforts pour assurer progressivement le paiement des salaires et mettre en œuvre les réformes nécessaires au redressement de l’entreprise », a expliqué Maurice Mufusi Ntete Lubaka.
Une grève aux conséquences préoccupantes
La Direction générale estime que ce mouvement de grève risque d’aggraver davantage la situation de l’entreprise et de compromettre les efforts engagés pour son redressement.
Selon elle, l’arrêt des activités menace la continuité des services publics postaux et de télécommunications, fragilise les relations contractuelles avec les clients, réduit les recettes de fonctionnement et pourrait décourager d’éventuels investisseurs ou partenaires techniques intéressés par la relance de l’entreprise.
« Nous avons aujourd’hui des partenaires qui manifestent leur volonté d’accompagner la SCPT dans son processus de redressement. Une grève dans un contexte aussi fragile risque de compromettre cette dynamique », a averti le Directeur de cabinet.
Appel à la responsabilité et au retour à la table des négociations
Tout en réaffirmant son attachement au dialogue social, la Direction générale invite les organisations syndicales à revenir à la table des négociations sous l’égide de l’Inspection Générale du Travail.
Elle rappelle que l’IGT avait convoqué les deux parties après le déclenchement du mouvement de grève afin de poursuivre les discussions. Selon la Direction, les représentants de l’employeur ont répondu à cette invitation, tandis que les syndicats auraient refusé d’y participer en invoquant l’entrée en vigueur de leur mouvement de grève.

Pour Maurice Mufusi Ntete Lubaka, la recherche d’une solution concertée demeure la seule voie capable de préserver l’outil de travail et de garantir l’amélioration durable des conditions de vie des travailleurs.
« La grève n’est pas une fin en soi. Nous restons ouverts au dialogue et prêts à examiner toutes les revendications dans le cadre des mécanismes convenus ensemble. L’intérêt supérieur de l’entreprise et des travailleurs doit primer sur toute autre considération », a-t-il conclu.
Face à cette situation, la Direction générale réaffirme sa disponibilité pour toute initiative de conciliation et appelle l’ensemble des acteurs concernés à privilégier la responsabilité, le dialogue et la préservation de cette entreprise stratégique pour l’État congolais.
Le Dialogue