Suivez-nous sur

Politique

Journalistes congolais en exil : les inquiétudes grandissent autour du cas de Marina Kabaute Ekutshu

La Rédaction

Publié

le

Alors que plusieurs journalistes et figures médiatiques congolais continuent de faire face à des procédures judiciaires, des agressions ou des menaces après leur départ de la République démocratique du Congo, les proches de la journaliste Marina Kabaute Ekutshu alertent à leur tour sur sa situation.

Selon eux, la journaliste, qui avait quitté le pays pour se mettre à l’abri après plusieurs épisodes de pressions et de brimades, ferait désormais l’objet d’une traque dans son pays d’accueil.

Des accusations qui, faute de confirmation indépendante à ce stade, suscitent néanmoins de nouvelles interrogations sur la sécurité des journalistes congolais contraints à l’exil.

De la dénonciation des violations des libertés à l’exil

Ancienne journaliste de la rédaction du journal Le Dialogue, Marina Kabaute Ekutshu s’était notamment illustrée par des publications consacrées à des questions sensibles touchant aux libertés fondamentales et à la gouvernance en République démocratique du Congo.

Parmi les dossiers qu’elle aurait documentés figurent notamment les événements entourant la marche de l’opposition du 20 mai 2023 à Kinshasa. Cette manifestation, organisée par plusieurs figures de l’opposition, avait été empêchée par les forces de sécurité et avait donné lieu à des violences, des blessés et plusieurs interpellations.

Des organisations et partenaires internationaux avaient alors exprimé leurs préoccupations concernant l’usage de la force.

La journaliste avait également consacré une série d’articles au Registre des appareils mobiles (RAM), un dispositif qui avait provoqué une vive controverse dans l’opinion congolaise en raison des prélèvements opérés sur les crédits téléphoniques des usagers.

Le débat autour du RAM avait pris une ampleur nationale. L’Assemblée nationale avait notamment demandé des explications sur son fonctionnement et la gestion des recettes. Face à la contestation, le gouvernement avait finalement décidé de mettre fin aux prélèvements directs à partir du 1er mars 2022.
C’est dans ce contexte de travail journalistique sur des sujets politiquement sensibles que, selon ses proches, Marina Kabaute Ekutshu aurait progressivement été confrontée à des pressions et à des intimidations qui l’auraient finalement poussée à quitter le pays.

Une alerte venue de l’étranger

Alors que sa famille pensait la journaliste désormais à l’abri, la rédaction du Dialogue aurait été saisie par des proches de Marina Kabaute. Leur message est particulièrement préoccupant : la journaliste ne serait pas totalement en sécurité malgré son éloignement de la RDC.

Selon ces proches, elle ferait l’objet de démarches et de surveillances qui laisseraient penser que les pressions auxquelles elle avait été confrontée avant son départ pourraient se poursuivre au-delà des frontières congolaises.

Ces informations n’ont, à ce stade, pas fait l’objet d’une confirmation publique indépendante permettant d’établir l’identité des personnes qui seraient à l’origine de cette supposée traque. Elles constituent toutefois, pour la famille et les collègues de la journaliste, un motif sérieux d’inquiétude.

La situation pose une question plus large : le fait de quitter la RDC suffit-il encore à garantir la sécurité d’un journaliste qui a exercé son métier sur des sujets sensibles ?

Le précédent Claude Pero Luwara

Cette inquiétude intervient alors que le cas du journaliste congolais Claude Pero Luwara continue de faire parler de lui en Belgique.

Réfugié dans ce pays depuis 2022, Luwara a été victime de plusieurs agressions sur le territoire belge. Le 3 septembre 2026, trois hommes masqués l’ont notamment attaqué à Tirlemont et l’un d’eux l’aurait frappé à la tête avec un marteau. Une enquête a été ouverte. Il s’agissait, selon les informations rapportées par la presse belge, de sa troisième agression en Belgique.

Le dossier est d’autant plus sensible que le ministère congolais de la Justice avait annoncé en mars 2025 une récompense de quatre millions de dollars pour toute information permettant son arrestation, selon la presse belge. Le Comité R belge a par ailleurs examiné la question de l’information dont disposaient les services de renseignement à la suite de la première agression dont le journaliste avait été victime en 2025.

Plus récemment, Claude Pero Luwara a affirmé que des policiers belges lui auraient demandé de mettre fin à son activité journalistique ou, à défaut, de cesser ses critiques contre le pouvoir de Kinshasa. Cette affirmation, rapportée par plusieurs médias congolais, n’a pas été publiquement confirmée par les autorités belges dans les sources consultées.

Le cas Luwara illustre ainsi une réalité préoccupante, sans pour autant permettre d’établir que les agressions commises en Belgique ont été commanditées par les autorités congolaises. Les enquêtes judiciaires doivent précisément déterminer les responsabilités.

Denise Mukendi Dusauchoy : un autre dossier qui interpelle

Le deuxième cas régulièrement évoqué par les proches de Marina Kabaute est celui de Denise Mukendi Dusauchoy.

La personnalité congolaise a été arrêtée le 30 août 2026 en Tanzanie sur la base d’un mandat délivré par les autorités judiciaires congolaises. Elle a ensuite été ramenée à Kinshasa et placée sous mandat d’arrêt provisoire après sa présentation devant le ministère public.

Le ministère congolais de la Justice présente cette affaire comme relevant d’une procédure judiciaire et de mécanismes de coopération internationale. Il précise que des dossiers pénaux étaient en cours d’instruction et rappelle le principe de la présomption d’innocence.

La procédure a toutefois suscité des controverses, notamment sur sa régularité, certains avocats et observateurs contestant certains aspects de l’arrestation et de l’extradition.

Pour les proches de Marina Kabaute Ekutshu, ces précédents nourrissent naturellement la crainte de voir une journaliste ayant quitté le territoire national pour sa sécurité continuer à subir des pressions depuis l’étranger.

La famille de Marina également inquiète

L’inquiétude ne concernerait d’ailleurs pas uniquement la journaliste elle-même.
D’après les informations communiquées par ses proches, des membres de sa famille en RDC seraient régulièrement confrontés à des visites d’éléments des forces de sécurité. Ces faits, qui nécessiteraient eux aussi d’être documentés et vérifiés de manière indépendante, renforcent le sentiment d’insécurité exprimé par l’entourage de la journaliste.
Pour ses proches, la question est désormais celle de savoir si le départ du pays a réellement permis à Marina Kabaute de se soustraire aux pressions auxquelles elle était exposée.

La protection des journalistes doit-elle franchir les frontières ?

L’affaire Marina Kabaute Ekutshu intervient dans un contexte où la protection des journalistes ne peut plus être envisagée uniquement à l’intérieur des frontières nationales.

Lorsqu’un journaliste quitte son pays après avoir signalé des violations des droits humains ou enquêté sur des sujets politiquement sensibles, les menaces peuvent, selon les circonstances, prendre d’autres formes : surveillance alléguée, intimidations visant les proches, procédures judiciaires transnationales, agressions ou pressions dans le pays d’accueil.

Le cas de Claude Pero Luwara montre en tout cas que l’exil ne signifie pas nécessairement la disparition de toutes les difficultés sécuritaires. Ses agressions répétées en Belgique et les interrogations soulevées autour de sa protection constituent un dossier désormais suivi au-delà du seul cadre congolais.

Cela pose un défi particulier aux organisations de défense de la liberté de la presse. Reporter sans frontières (RSF) et les autres organisations spécialisées dans la protection des journalistes pourraient être appelées à intégrer davantage cette dimension transnationale dans leurs mécanismes d’alerte et de protection : protéger un journaliste ne devrait pas seulement signifier surveiller sa situation lorsqu’il travaille dans son pays, mais aussi s’intéresser aux risques auxquels il peut être exposé une fois réfugié ou installé à l’étranger.

Une alerte qui mérite d’être vérifiée et prise au sérieux

Pour Marina Kabaute Ekutshu, l’essentiel est désormais de faire toute la lumière sur les informations rapportées par ses proches.


Existe-t-il réellement une surveillance ou une traque dans son pays d’accueil ?
Des personnes cherchent-elles à exercer des pressions sur elle ? Ses proches en RDC font-ils effectivement l’objet d’intimidations ou de visites répétées des services de sécurité ? Qui, le cas échéant, serait derrière ces démarches ?
Autant de questions auxquelles seule une enquête sérieuse, indépendante et documentée pourra apporter des réponses.

Mais une chose est certaine : les inquiétudes exprimées par l’entourage de la journaliste ne peuvent être balayées d’un revers de main. Dans un contexte marqué par les agressions dont Claude Pero Luwara a été victime en Belgique et par l’arrestation de Denise Mukendi Dusauchoy en Tanzanie avant son retour à Kinshasa, le cas de Marina Kabaute mérite une attention particulière.

La liberté de la presse ne s’arrête pas à la frontière d’un pays. Lorsque des journalistes quittent leur territoire pour échapper à des menaces liées à leur travail, leur sécurité dans l’exil devient également une question de liberté de la presse.

Pour Marina Kabaute Ekutshu, comme pour tous les journalistes congolais qui se trouvent dans une situation similaire, l’enjeu est donc désormais de savoir si l’exil peut véritablement constituer un refuge — et si les mécanismes internationaux de protection sont suffisamment préparés à répondre à des menaces qui, elles aussi, peuvent traverser les frontières.

Le Dialogue

Partager cet article
Continuer la lecture